Mercredi 17 janvier 2007
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Dans les champs poussiéreux de ma conscience oxydée par la réalité, je déambule sans jamais parvenir à franchir la ligne d'horizon. Elle s'étire dans une insolente constance. Je marche pourtant, toujours dans le même paysage fragmenté, mais je marche. J'avais chaussé mes rêves ; il n'en reste que des lambeaux moribonds embrassant mes chairs nécrosées. Sous mon bras se niche mon dernier trésor. Quand provient l'heure des dames chevelues, je déchire un morceau de temps sur la toile de Chronos pour me draper dedans et j'ouvre ce seul bien qu'il me reste. Ses pages sont confectionnées dans les songes volés au cours de mon voyage sans fin. La couverture est faite en peau tannée de quelques âmes damnées. Soyeuse au toucher, elle respire encore des cauchemars refoulés par une humanité disparue.Je feuillette les pages une à une. Chacune me remémore un éclat trépassé de ma vie. Je n'ai jamais été que l'amant sans espoir de tristes illusions. Sur l'autel du nihilisme, je les ai pénétrées de la lame de ma mélancolie avant de les frapper jusqu'à ce qu'elles avortent le fruit de nos amours interdits. Adoubé par le néant, je ne puis laisser que néant derrière moi.J'hurle mais vous ne pouvez entendre mes cris.Je pleure mais vous ne pouvez voir mes larmes.Elles sont mon obole quotidienne à la Souffrance, cette grande putain.Dans les champs poussiéreux de ma conscience oxydée par la réalité, je déambule sans jamais parvenir à franchir la ligne d'horizon.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:18
Pouvez-vous comprendre que ses nuits ne sont pas les vôtres ? Pendant que vous dormez tranquillement du sommeil du juste, il déambule dans le paysage de ses attentes en ruine. Morphée a déserté ses terres depuis longtemps. Stériles, plus rien n'y pousse. Les dernières racines de Mandragore ne sont désormais plus qu'une légende. Tandis que vous buvez vos rêves jusqu'à la lie, il erre péniblement, courbé sous le poids de cette âme si lourde autour de son cou. Chaque heure arrachée aux ténèbres rend ce sinistre pendentif plus pesant. Elles s'encastrent violemment dans son esprit.
L'orphelin des songes tente d'avancer. Le poids de son âme est désormais tel qu'il se traîne à quatre pattes, laissant dans la poussière de son optimisme avorté une vague trainée vite effacée par le vent. Il passe au milieu de vous, venant troubler un instant la surface de votre onirisme. Il aurait tant d'amour à donner, tant de caresses à dédicacer sur des joues. Mais chaque amour qu'il vous donna fut fracassé par votre insouciance ; mais chaque caresse qu'il vous dédicaça fut gelée par la froideur de vos corps. Vous ne pouvez le voir tandis qu'il s'assoit parmi l'assemblée des dormeurs. Il vous renifle avant de vous lécher pour mieux sentir le goût acre de vos peaux tannées par la réalité. Au sein de vos visions, sans doute parvenez-vous à le percevoir, vous observant sans vous comprendre ?
Il lape la terre comme une bête sauvage. Sa langue asséchée ne cesse de se mouvoir dans une ultime danse de désespoir. Les flaques gorgées de parcelles d'Idéal, jadis si nombreuses, sont toutes évaporées. Il se meurt de ne plus pouvoir aimer, ne serait-ce même que pour un fragment volé à Chronos.
Tandis que l'aube s'étire paresseusement dans votre réel, l'orphelin des songes reste prisonnier de vos nuits, chien solitaire agonisant couché sur le sol. Ce soir, vous ne trouverez plus que quelques ossements blanchis par votre indifférence.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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21:48
Une journée comme une autre, sur le parvis de Notre-Dame.
Un flot incessant de touristes monte en marée vers l'entrée.
Il se brise en vagues successives où s'ébrouent des pigeons.
Des gouttes tombent en crépitant sur les pavés centenaires.
Plus loin, un ridicule saltimbanque des rues avale des lames.
Un mendiant est assis dans la poussière de l'espoir brisé.
Des rats volants s'étripent sur des restes en décomposition.
Les gargouilles déversent leur indifférence en pluie amère.
Une nuit comme une autre, sur le parvis de Notre-Dame.
Le flot s'est retiré, vomissant ses détritus sur le sol humide.
Un balayeur danse avec son balai sous une ombre lunaire.
Il retire les débris de rêves oubliés là par les jeunes enfants.
Le saltimbanque se repose, la gorge tranchée par ses lames.
Les cendres du mendiant s'envolent dans l'oubli du vide.
Des pigeons déambulent paisiblement parmi ce cimetière.
Sur le parvis de Notre-Dame, Dieu est aux abonnés absents.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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21:45
Un ange solitaire pleure sous les étoiles défuntes.
Chacune de ses larmes engendre un astre avorté.
Ils errent dans un triste cosmos au froid trépassé.
Les cieux laissent perler une ultime complainte.
Les ailes de cet être jadis si glorieux sont brisées.
Sales et inutiles, elles s’agitent dans la poussière.
Des plumes s’envolent dans une escapade solitaire.
Le moribond exhale un ultime souffle de sacré.
Un parfum ranci de paradis flotte autour de lui.
Créature orpheline abandonnée là par son Dieu,
Elle repose aux côtés de son glaive poreux.
Ses yeux délavés finissent de vomir le paradis.
Pour la lente agonie d’un ange, quelques vers
Crachés à la face du Père en guise d’oraison.
Que ces rimes claquent et soient profanation,
Un ultime blasphème pour embrasser l’enfer.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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19:18
J’ai le mal de toi. Tu m’as bouffé le cœur et il reste là, ensanglanté. Des tristes lambeaux de chairs sanguinolents pendent dans le vide de ma poitrine caverneuse. Mes yeux suivent les fumées de la cigarette se consumant dans le cendrier. Ainsi s’écoule mes heures au rythme des mégots, devant un écran peroxydé. De la rouille s’est glissée dans mon regard. Les couleurs de tes rires se sont perdus derrière la feuille détrempée de larmes des souvenirs. Je ne suis plus que les restes en décomposition de cet homme de jadis dévoré par une femme cannibale. Dans sa bouche, il lui reste surement encore le goût de mes mots effrités. Ses mains se souviennent sans doute toujours de ces promenades sur ce pic érigé en son honneur. Jeux de main, jeux de vilains, jeux d’une catin à la langue affilée comme un couteau.
J’ai le manque de toi et je crève dans ta mémoire. Tes pensées fusent dans ton cortex sans même daigner s’arrêter sur le squelette de mon image abandonné contre la paroi de ton crâne. Tu as courtisé mes rêves, les laissant te prendre un par un dans un râle. Mais le harem de mes songes ne pouvait enfanter qu’une chimère avec un esprit stérile. Ils sont repartis, te laissant seule, nue dans le manteau transparent de ta honte.
Tu m’as oublié sans mal
Ce mal d’aimer.
Par Aegimios
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Publié dans : Eros
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