Lundi 3 septembre 2007
Des couloirs de métro s'enfilent parmi une nature humaine qui se défile. Des vies s'entrechoquent en prenant soin de s'éviter. Chacun converse avec sa solitude et n'est que le meilleur ami de soi-même. Demain est une interrogation et les pensées se perdent dans le voile du moment vécu. Des homos sapiens crèvent dans l'indifférence, fatigués de tendre la main à des regards moribonds. Ils s'allongent dans le grand vide contemporain et le talon aiguille de cette grande putain qu'est la réalité vient leur écraser la gorge en se marrant. Singe parmi tant d'autres de cette comédie, je tente d'avancer en fendant cette foule qui poisse chacun de mes mouvements, englue mon regard. Ces femmes ravalées à coups de botox, ces fesses et seins prétentieux dansant sur des océans de silicone, ces vieux aspirant avec désespoir une dernière minute de sursis, cet enfant tenant la main flétrie de sa mère, ...Je m'adosse contre la blanche paroi froide et carrelée du couloir. Un haut-le-cœur me soulève. Je vomis mon spleen à la face des passants agonisants. Ils continuent à avancer dans le cimetière de leur vie sans me voir. Rien de spécial dans la nature humaine, juste une mort annoncée.

Ma plume vogue sur le cours d'une encre noire, s'écoulant doucement entre les rives escarpées de mes attentes. De chaque coté de ce fleuve obscur se dressent les troncs décharnés des jours fanés de mon existence. Se retourner est impossible. Les flots me charrient, ridicule fétu. Je suis balloté entre les récifs de la réalité. Plus acérés que d'autres, certains viennent me porter une estocade, blessant un peu plus une âme née sous le signe de l'hémorragie existentielle.
J’aurais sans doute pu décrocher les étoiles pour toi, écrire d’un trait humide les lettres de ton prénom sur la toile de la voie lactée. Si j’en avais éprouvé l’envie, je me serais certainement rendu dans des champs de roses aux senteurs enivrantes pour en décapiter quelques unes à t’offrir. Mon stylo aurait très certainement écrit des vers mielleux, dégoulinants de ces sentiments à acheter en solde sur les rayons des supermarchés de la consommation.
Ecrire !
La nuit, je lève les yeux vers la voûte étoilée. Je tente de déchirer le voile que tissent les étoiles depuis que l’univers est univers. Avez-vous conscience de celui-ci ? Il ondule dans le souffle glacial du cosmos. Mais mon regard n’est sans doute pas encore suffisamment acéré et je me sens impuissant. Seul brille au dessus de ma tête une lune sombre dont n’émane aucune lumière. Elle vous est invisible. Seuls les esprits épurés de toutes considérations morales peuvent l’apercevoir. Certains soirs, elle se livre un peu plus à moi et vient baigner mon âme de son sombre nimbe, me dictant des vers venus d’une autre réalité, des mots qui s’engouffrent en moi, violent mon imagination et, s’accouplant avec elle, accouchent d’enfants superbes de monstruosité.