Lundi 3 septembre 2007 1 03 09 2007 10:00
Des couloirs de métro s'enfilent parmi une nature humaine qui se défile. Des vies s'entrechoquent en prenant soin de s'éviter. Chacun converse avec sa solitude et n'est que le meilleur ami de soi-même. Demain est une interrogation et les pensées se perdent dans le voile du moment vécu. Des homos sapiens crèvent dans l'indifférence, fatigués de tendre la main à des regards moribonds. Ils s'allongent dans le grand vide contemporain et le talon aiguille de cette grande putain qu'est la réalité vient leur écraser la gorge en se marrant. Singe parmi tant d'autres de cette comédie, je tente d'avancer en fendant cette foule qui poisse chacun de mes mouvements, englue mon regard. Ces femmes ravalées à coups de botox, ces fesses et seins prétentieux dansant sur des océans de silicone, ces vieux aspirant avec désespoir une dernière minute de sursis, cet enfant tenant la main flétrie de sa mère, ...

Je m'adosse contre la blanche paroi froide et carrelée du couloir. Un haut-le-cœur me soulève. Je vomis mon spleen à la face des passants agonisants. Ils continuent à avancer dans le cimetière de leur vie sans me voir. Rien de spécial dans la nature humaine, juste une mort annoncée.
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Mardi 28 août 2007 2 28 08 2007 13:17
Ma plume vogue sur le cours d'une encre noire, s'écoulant doucement entre les rives escarpées de mes attentes. De chaque coté de ce fleuve obscur se dressent les troncs décharnés des jours fanés de mon existence. Se retourner est impossible. Les flots me charrient, ridicule fétu. Je suis balloté entre les récifs de la réalité. Plus acérés que d'autres, certains viennent me porter une estocade, blessant un peu plus une âme née sous le signe de l'hémorragie existentielle.

J'atterris violemment sur la grève. Les pores de ma peau nue sucent le goût âpre de la vie. Je frissonne. Quels sont ces gens flétris devant moi qui me dévisagent de leurs yeux morts ? Sous un ciel laiteux dégoulinant d'indifférence, l'assemblée s'écarte sans un mot. Une femme s'avance en pleurant. Des chaînes sont attachées à ces pieds. Elle traîne péniblement derrière elle le boulet de mon enfance avortée. Dans sa main réside les chroniques apocryphes de mes nuits. Elle s'écroule épuisée sur le sable. Ses cheveux, filaments d'Idéal oxydé, lui recouvrent le visage. Sa bouche édentée s'ouvre pour hurler le silence de mes souvenirs. Superbe dans sa souffrance, je m'abreuve de son agonie. Je m'approche de la muse et me penchant, mes lèvres viennent tendrement effleurer son front. Sa bouche expire un souffle tiède que vient essorer la main de l'angoisse.

Et tout en l'embrassant, je la poignarde de la pointe de ma plume. A la source de son sang, mes vers prendront leur envol dès demain.
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Vendredi 10 août 2007 5 10 08 2007 14:29
J’aurais sans doute pu décrocher les étoiles pour toi, écrire d’un trait humide les lettres de ton prénom sur la toile de la voie lactée. Si j’en avais éprouvé l’envie, je me serais certainement rendu dans des champs de roses aux senteurs enivrantes pour en décapiter quelques unes à t’offrir. Mon stylo aurait très certainement écrit des vers mielleux, dégoulinants de ces sentiments à acheter en solde sur les rayons des supermarchés de la consommation.

Amours préfabriqués à défoncer sans aucune retenue,
Cœurs factices bradés en série au plus offrant,
Bienvenue dans la vente aux enchères des âmes perdues.

Cours ! Cours et ne retourne pas sur moi ! Tu viens d’entrer dans la matrice des illusions amoureuses. Les mots doux ruissellent sur tes yeux. Tu tentes de les retenir mais ils s’évaporent tandis que tes larmes restent là pour mieux t’ancrer dans le réel. Sous les cieux délavés de ta souffrance, Eros embrasse Cupidon à pleine bouche avant qu’ils n’enfantent un rêve avorté.

Je ne suis que l’illusion de tes fantasmes, engendrée au détour de mes lignes. A trop jouer à l‘équilibriste, tu es tombée, pourfendant ton cœur sur l’arête d’une lettre plus affilée que les autres. Dans le dédale de mes vers, tu t’es perdue et ton fil d’Ariane s’est brisé, élimé par l’usure du temps.

Bienvenue mon amour dans le grand vide de nos existences. Laisse toi enlacer dans mes bras dénués de toute vigueur. Viens goûter mes lèvres asséchées et froides. Mais ne te risque pas à regarder mes yeux. Tu n’y liras jamais que le vertige de mon néant.
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Jeudi 26 juillet 2007 4 26 07 2007 12:10
Ecrire !
Encore et toujours écrire.
Ne jamais laisser la plume se reposer. Celle-ci doit écorcher le papier en permanence, l'égratigner jusqu'à le faire saigner, le faire saigner jusqu'à le faire hurler. Toujours noircir le blanc trop parfait de la feuille, y incruster ses doutes et ses angoisses, la parsemer de quelques tourments.

Oui, écrire !
Ne jamais délaisser le burin qui cisèle nos fantasmes. La main doit rester alerte ; le poignet flexible, toujours en mouvement. Si la rage du vécu vient à transpercer la feuille, la jeter à la poubelle et recommencer à tisser les maux sur une autre. Si les larmes viennent à diluer nos vers, là encore, tout recommencer.

Ecrire est ma condamnation.
Ecrire est ma libération.
J'éjacule des mots pour enfanter de quelques textes mort-nés. Je suis le patriarche absolu qui accorde ou non le droit de vie à sa progéniture. Nombreux sont les fœtus avortés qui s'accumulent au fin fond de ma corbeille. Elle est le cimetière de mes frustrations. J'en suis le fossoyeur. Des cafards se promènent parmi tous ses cadavres embaumés aux idées noires.

Ecrire !
Courir sur les lignes en sachant qu'il n'y aura pas la ligne ultime, celle de l'arrivée. Courir tout de même par nécessité absolue. Les seuls spectateurs sont les souvenirs. Ils sont amassés là. J'en fauche parfois un sur mon trajet. La faux de mon stylo le happe pour l'emmener dans ma course. Il se débat, enchaîné. Je le traîne sans pitié. Quand il tombe épuisé de fatigue, je le relève sans ménagement Avec un peu de chance, il finit par mourir. Je l'abandonne derrière moi, carcasse pourrissante sous le soleil de ma réalité.

Oui, écrire !
Me noyer dans l'encre de mes nuits repeintes.
Tenter d'aspirer une goulée d'air avant l'engloutissement.
Mes lettres laissent filer des filaments de pleurs lunaires.

J'écris.
La pointe acérée du stylo vient me pourfendre le cœur.

Je m'écrie.
Ecrire est ma condamnation.
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Jeudi 26 juillet 2007 4 26 07 2007 01:10
La nuit, je lève les yeux vers la voûte étoilée. Je tente de déchirer le voile que tissent les étoiles depuis que l’univers est univers. Avez-vous conscience de celui-ci ? Il ondule dans le souffle glacial du cosmos. Mais mon regard n’est sans doute pas encore suffisamment acéré et je me sens impuissant. Seul brille au dessus de ma tête une lune sombre dont n’émane aucune lumière. Elle vous est invisible. Seuls les esprits épurés de toutes considérations morales peuvent l’apercevoir. Certains soirs, elle se livre un peu plus à moi et vient baigner mon âme de son sombre nimbe, me dictant des vers venus d’une autre réalité, des mots qui s’engouffrent en moi, violent mon imagination et, s’accouplant avec elle, accouchent d’enfants superbes de monstruosité.

Ils ne m’appartiennent pas. Je suis le géniteur infernal que sa propre progéniture rejette et assassine chaque jour un peu plus. Quand le jour délavé par les souffrances est occis par la nuit, ma descendance maudite vient se lover sous mes draps pour me remémorer mes pires cauchemars, me les susurrer comme un amant mordillerait tendrement le lobe d’oreille de l’égérie de son cœur.

Non, je ne suis pas maître de mes propres écrits. Je ne suis qu’un vecteur de transmission. Mon inspiration est comme cette eau limpide mais empoisonnée à laquelle ne peut résister l’assoiffé. Je vous offre ce nectar tant désiré par votre âme. Tentateur, il n’est là que pour être bu jusqu’à la lie. A quatre pattes, dans votre boue existentielle, vous lapez encore et encore. Votre langue n’est plus que chair à vif mais dans la souffrance, vous continuez toujours à vous désaltérer à la source qui lentement vous entraîne vers mes abîmes.

Dans la mort des êtres qui nous sont chers se trouve notre propre rédemption. Réaliser notre futilité, englober dans son immensité le non-sens absolu de notre vie et de ses fondations, s’improviser architecte de son destin sans même savoir comment en bâtir les plans, tout cela, je le dois à ces êtres aimés qui ont disparus pour aller embrasser dans la mort le pendule de l’esprit. De cette ignominie, je sors grandi, endurci. Mon impuissance tragique à agripper ces destin trop vite éteints se mut en rage, me poussant à survivre à mes peines, à violenter mes maux jusqu’à les en faire crever, à lever un poing d’insoumis haineux, en forme d’interrogation et de révolte, vers les cieux.

A trop vouloir m’approcher du pendule de l’esprit, je me suis trouvé dans l’axe de son balancement. Violemment, de tout son poids, il m’a heurté et m’a fait tomber lourdement à terre, une terre acre et râpeuse sur laquelle la paume des mains et les genoux s’écorchent. Je me suis pourtant relevé. Seul le bruit du pendule décapitant un air à l’agonie résonnait à mes oreilles. Autour de moi, le rideau opaque de la nuit. Les lamentations de l’Humanité étaient inscrites sur chaque étoile. Toutes nos lubies et nos croyances gisaient là, empalées sur des astres morts.
Par Aegimios - Publié dans : Oscillations
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