Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /2007 21:51
Ce soir, j’ai été embrasser les étoiles. J’ai étendu la main vers la galaxie. Délicatement, j’ai cueilli une comète. Sa chevelure m’a effleuré le visage. Toute la nuit, blottie contre moi, nous avons communié en silence. Elle me contait ses longues odyssées à travers l’espace. Pauvre astre perdu et solitaire ! Des larmes perlaient à la surface de l’étoile. Elle se remémorait l’histoire de l’Homme. Elle voyait ses souffrances, ses joies, ses espoirs, ses bêtises et ses amours,

Ces veuves éplorées,
Ces fils immolés sur l’autel de la guerre,
Ces filles au coeur piétiné,
Ces maris brisés par le Temps,
Ces femmes pleurant sous le voile du silence,
Ces fanatiques tuant au nom d’un Dieu d’Amour,
Ces libertins faisant de l’amour une profession,
Ces jeunes sans idéaux,
Ces philosophes professant une liberté erronée,
Ces vieux piétinés par leur descendants.

L’étoile se souvenait et voyait tout cela. Qu’aurai-je pu dire ? Je lui caressais la chevelure, impuissant. Ses sanglots hurlaient dans le silence de l’espace. Puis l’étoile m’a montré

Ce soldat violant une jeune fille vierge,
Ce prêtre ne croyant même plus en son Dieu,
Cet enfant battu par une main du même sang,
Cette prostituée soldant un instant d’Amour illusoire,
Ce mendiant dormant sur une bouche d’aération,
Ce dealer avec la Mort sous le manteau,
Ce policier se logeant une balle dans le crâne,
Ce bébé jeté par une fenêtre par sa mère,
Cet adolescent se jetant sous un train,
Cet homme se débattant dans l’alcool,
Cette femme ne croyant plus en l’Amour d’une vie,
Cette star adulée pleurant sa solitude.

Les larmes de l’étoile brillaient, infinité de paillettes. A la fin de la nuit, l’étoile est repartie. Dans mes mains, j’ai découvert un livre de cuir aux coins argentés et aux pages dorée à l’or fin. Dessus ne figurait aucun titre. Je l’ai ouvert et j’ai vu

Ce bébé seul dans un lit d’hôpital,
Ce garçonnet rejeté par ses camarades,
Cet adolescent se droguant,
Un amour disparu dans l’océan de toute éternité,
Un père offrant des coups de ceinture,
Un homme seul dans sa vie,
Un homme se sentant si différent,
Un homme sans doute trop sensible.

Et voyant tout cela, j’ai pleuré comme l’étoile.
L’étoile n’est pas venue me caresser les cheveux.
Je n’ai pas pu me blottir contre elle.
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /2007 17:56
Toujours ces mêmes nuits qui s'étirent à l'infini. Fermant les yeux, je tente de rejoindre Morphée. Mais derrière la façade close de mes paupières, des images défilent jusqu'à l'overdose. Malgré moi, je me relève. La fatigue cogne dans mon crâne. Pourtant, je suis là devant cet écran d'un blanc si vif que la nausée me vient. Je laisse courir mes mains sur le clavier. Mes muses ont pris les commandes. Dans le cendrier s'accumulent les cigarettes. Des idées noires copulent ensemble sur mon bureau. L'une d'entre elles, hideusement gonflée, accouche de mon passé. Deux autres s'embrassent à pleine bouche. Dans peu de temps, elles s'accoupleront pour engendrer mon futur. J'aspire une bouffée de tabac. Son goût âcre me brûle la gorge. Mes poumons bitumés deviennent une autoroute vers le cancer. La fumée me fait pleurer les yeux. Les souvenirs font pleurer une âme déjà trop à nue. La musique frappe mes tympans. "Deeper, deeper, don't you waste your time" éructe une voix robotisée. Je plonge dans une douce osmose avec ces notes électroniques glacées.

Les heures s'écoulent une à une, d'une même monotonie, invariables. Des rides parsèment ma peau. Je passe ma main dans les cheveux. Ils tombent par poignée à terre. Mes tempes sont grisâtres. Autour de moi, les murs se sont estompés. Il ne reste que mon écran poussiéreux dans une réalité en ruine. Je me lève et j'erre parmi elle. Je me prends les pieds dans mes fantasmes déchus affleurant au sol. Je tombe. Ma tête se cogne violemment contre les ossements blanchis d'une nuit blanche comme toute les autres.

Enfin, je peux m'endormir.
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /2007 23:31

J’arpente la route de diadème de la galaxie. Mon regard embrasse les étoiles et je ne cesse de les frôler dans une timide étreinte amoureuse avortée. Pèlerin solitaire perdu au milieu d’une multitude sans nom d’astres nocturnes, mes rêves guident ma longue route. Des poussières volatiles flottent tout autour de moi, me caressant, me susurrant des songes que jamais homme n’en fera. Des rubans de diamants stellaires s’accrochent dans ma chevelure. Mes yeux voient ce qui ne peut être vu. Loin au-dessous erre Gaïa, suspendue dans le vide par ses illusions.

Dieu ! Ces éclairs acérés d’Eternité qui fusent et me transpercent ! Sur la toile cosmique, je ne suis plus qu’un corps mystique, une âme gorgée d’un sang impur. Les comètes dansent devant mon lit de douleur ; leurs chevelures enflammées me fouettent dans une sarabande infernale. Mon esprit est une plaie vivante et hurlante sous les fouets des errantes de la nuit. Il se couvre de grandes stries rougeâtres. Mes cris résonnent désespérément dans le vide avant de se fracasser violemment contre des débris de météorite.

Ô cette souffrance existentielle dont je suis drapé depuis ma naissance ! Elle me colle à la peau, me rongeant jusqu’à l’os et infiltrant mes veines. Je la sens, si présente, si forte, si implacable. Et ainsi j’erre parmi vous, martyr silencieux. Dans les spasmes de la déraison, je me baigne, communiant avec la voûte nocturne.

Mais toujours je cherche une raison à cette souffrance mystique,
Mais toujours, je cherche cette âme sœur aux perles infinies,
Et toujours, ma route de diadème n’est que vide.
Et je reste ce prince enlaçant le néant.

Sous mes draps brodés d’onirisme satiné,
Ce soir encore, je vais pleurer...
Par Aegimios - Publié dans : Spleen
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Jeudi 8 février 2007 4 08 /02 /2007 16:31
Des rires tournoyaient tout autour de moi,
Des projecteurs balayaient la grande salle,
Le spectacle était sur la scène je crois.
Qui m’avait dit que j’avais le teint pâle ?

Ma famille était là au grand complet.
J’étais également là je crois, triste absent.
Je me souviens combien ces gens riaient.
Et pendant ce temps, je pleurais tel un enfant.

Sur les planches se déroulaient la comédie.
Dans mon coeur, une secrète tragédie.
Des larmes de joie sur les joues des gens,
Des larmes d’amour pour un coeur vibrant.

Dehors, le ciel pleurait sans discontinuer.
Je crois bien avoir longuement marché.
La pluie venait embrasser mes larmes
Tandis que criait dans le vide mon âme.

J’avais vainement tendu une main.
Mais seule la solitude me la prenait.
J’avais levé les yeux vers les cieux,
Seule est venue la pluie dans mes yeux.

Ce soir, au banquet de mon coeur,
Une place était désespérément vide.
Je l’ai regardée avec tant de ferveur.
Mais elle était toujours aussi vide.

Vous autres ne pouvaient savoir.
Elle n’est pas ma pensée du soir,
Ni l’hirondelle du premier printemps,
Ni cette douce caresse du vent.

Elle n’est pas l’étoile si scintillante,
Ni cette odeur d’encens entêtante,
Ni ces notes de musique là bas.
Elle est bien plus que tout cela.

Dans le grand et vaste désert,
Je lui ai cueilli la rose des sables.
Un jour sans doute j’espère,
J’effeuillerai pour elle les pétales.

De trois d’entre eux, je confectionnerai
Un parfum aux senteurs si fines, si frais
Que même une reine d’Orient, jamais,
N’en aura porté aux effluves si parfaites.

Les trois autres, je les ferais macérer
Pour en extraire toute leur essence et vitalité.
Et créer un baume d’une grande rareté
Afin de dérider ses yeux trop humidifiés.

Des derniers pétales, je fabriquerai un collier
Aux couleurs chamarrées jaunes et orangées.
Je lui passerai doucement autour du cou
En lui murmurant à l’oreille des mots doux.

Un jour peut-être, elle sera mon bonheur.
Entre ses fines mains repose mon coeur.
Pour ne pas violer son jardin secret,
J’attendrais au portail avec respect.

Un jour peut-être, je serai son bonheur.
J’aurai l’autorisation de venir à elle et
Les bras chargés de tendresse, de douceur,
Lui susurrer ces mots si sincères et vrais.
Par Aegimios - Publié dans : Eros
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 21:01
Seul dans la lande, je marche. Le vent hulule et me fouette le visage. Le ciel uniformément gris semble venir s'abattre sur le sol. Ici et là, des herbes revêches s'agitent. Des tourbillons de terre s'élèvent parfois avant de retomber aussi vite qu'ils sont nés. Dans le lointain, je distingue une forme sombre et indéfinie. Je décide de m'en approcher. Le hurlement d'Eole gagne en intensité. Les nuages se déchirent et la pluie vient me tremper jusqu'aux os. Perdu dans mes pensées, je ne sens même pas mes vêtements s'alourdir et me coller à la peau.

Je pense à toi mon âme, que j'ai laissé seule au loin. J'entends tes pensées hurler en moi et me déchirer le cœur. Je sens ta douleur te creuser le corps sans un seul instant de répit. Par delà les distances, ton image crucifie mon cerveau. Tu es le prisme à travers lequel je vois la réalité. Chacune de tes larmes déteint sur mon cœur. Chacune de tes angoisses ébranle le peu de foi qu'il me reste. Je sens mon genou plier à terre. Envie de vomir cette folie existentielle, de regarder droit dans les yeux cette utopie nommée Bonheur et, dans un dernier affront, lui cracher ma haine à son visage trop parfait et trop pur pour être réel. Ce serait tellement facile, trop facile. Je ne suis pas de cette race. Dans l'arène, je triompherai. Fureur et rage sont mon armure. La rancœur me revêt des plus nobles atours du guerrier et dans la fierté, j'ai forgé mon glaive.

La forme vague est devenue une petite maisonnette à l'abandon, toute faite en pierre de taille. Je pénètre à l'intérieur. Partout, ce n'est que toiles d'araignée. Des étagères en bois, vermoulues et rongées par les vers, paraissent prêtes à s'effondrer. Sur celles-ci, des livres sont empilés. Négligemment, je prends l'un d'entre eux. Des cafards courent sur sa tranche. L'ouvrant, je tente de le feuilleter mais les pages, effritées par le temps, se réduisent en poussière. Puis je distingue au milieu de toute cette pourriture un ouvrage plus récent que les autres, à la couverture ornementée avec grâce et délicatesse. Je m'en saisi et le feuillette. A mon grand étonnement, les pages sont vierges de toute ligne. Le remettant en place, je remarque alors un titre, inscrit en filigrane sur la première page. Ne voulant le croire, je regarde à nouveau. Aucun doute possible. Ton prénom s'étale devant mes yeux.

Soudainement, j'ai réalisé que je me trouvais à l'intérieur même de mon propre cœur et que je venais de toucher du doigt la seule perle l'animant encore.

Titubant, je suis ressorti sous la pluie et levant la tête, j'ai hurlé vers les cieux de ne pas t'emporter. Juste derrière moi, dans un craquement sourd, une nouvelle lézarde est apparue dans le mur de la maisonnette en ruine.
Par Aegimios - Publié dans : Eros
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