Samedi 20 janvier 2007
6
20
/01
/2007
00:22
Seul devant mon écran… Une nouvelle nuit blanche dans le noir de mon existence… Aucune envie de capturer le style ce soir. Les phrases me fuient ; les mots se jouent de moi. Mes doigts parcourent un clavier qui me semble atone. Une journée s’est éteinte. L’obscurité de mes rêves est tombée sur le monde. Je suis sorti promener ma Solitude. Elle avait envie de se soulager. Etait-ce moi qui la traînait en laisse ou bien elle qui me traînait enchaîné ? Je n’en ai plus le souvenir. Elle montrait les dents et grognait. Les passants s’écartaient, apeurés. Une vieille s’est effondrée sur le trottoir. Je lui ai marché dessus sans même y prêter attention. Les crocs de Solitude ont voulu la mordre au passage. Un restant de pitié pour cette dépouille m’a intimé l’ordre de lui dire non. Un couple s’embrassait un peu plus loin. Mon animal de compagnie s’est jeté sur la jeune fille. Celle-ci n’a crié qu’un court instant, le temps que la gueule de Solitude se referme sur sa gorge pour ne plus la lâcher. Elle s’est raidie avant de partir rejoindre la vieille. J’ai souri à l’amant éploré. Lui serrant la main, je lui ai souhaité bonne continuation. En jappant, Solitude s’est désintéressée de la fille pour venir laper à grands coups de langue les larmes du veuf, s’en désaltérant.Oui, une journée vraiment comme les autres… Et tandis que j’écris ces lignes, Solitude somnole à mes pieds, rêvant sans doute dans son sommeil à ses prochaines victimes demain.
Par Aegimios
-
Publié dans : Spleen
0
-
Recommander
Mercredi 17 janvier 2007
3
17
/01
/2007
22:53
Je marche sur les horizons superposés des futurs finis.
La lande des lendemains desséchés s’étend vers nul part.
Jours et nuits s’embrassent et viennent étreindre l’infini.
Les rires des matins chagrins fécondent les pleurs du soir.
Un enfant perdu hurle, prisonnier de la chair d’un adulte.
Il s’agrippe à mes veines et déchire mes muscles endoloris.
De sa tristesse, il fait de chacun de ses souvenirs une insulte.
Dans sa solitude, il se forge un monde sous le signe de l’oubli.
Derrière mes rêves, j’ai recherché la clef pour le libérer.
Sous les lettres de mes vers, j’ai cru trouver la serrure.
Ma quête est restée vaine et je suis malgré moi ce geôlier.
Je reste debout dans le champ du Présent avec une cassure.
Par Aegimios
-
Publié dans : Enfance
0
-
Recommander
Mercredi 17 janvier 2007
3
17
/01
/2007
22:50
Doucement, la lame s’est enfoncée en toi.
Tes yeux sont venus embrasser les cieux.
Ta bouche ouverte a expiré un ultime émoi.
Doucement, ton corps a chu en ce lieu.
Une terre de poussière ocre comme linceul,
Un soleil de plomb comme seul candélabre,
Un silence si présent mais pourtant si seul,
En cette contrée, je plante la graine de l’arbre.
L’Hiver âpre vient changer ton drap mortuaire.
Ses mains d’engelures cosmiques te recouvrent.
Sous un miroir nocturne gelé, se fige la terre.
Déjà, la graine se repaît de tes anciens atours.
Le Printemps détrône la frigide Dame blanche.
Sa chevelure de verdure féconde le sol mis à nu.
Elle habille la plaine de son habit du dimanche.
La graine devient arbrisseau de ton passé déchu.
Un grand saule pleureur naît dans l’étreinte de l’Eté.
Son feuillage dégouline en cascade sur ton souvenir.
Ses racines plongent dans ton image décomposée.
Comme pour toi, cet Automne, je viendrai l’occire.
Par Aegimios
-
Publié dans : Chronos
0
-
Recommander
Mercredi 17 janvier 2007
3
17
/01
/2007
22:40
Penses-tu que je ne ressente point ta douleur ? Imagines-tu le soir que mes pensées ne s’attardent pas sur ton gouffre ? Je connais ton mal et ta plaie béante. Je pourrais y plonger les doigts et goûter le sang qui s’en écoule. Je le porterais à mes lèvres que j’en connaîtrais le goût amer et corrosif.Souvent, je ferme les yeux et je te vois te débattant, enchaîné au mur de tes lamentations. Si tu savais... Je désire tant pouvoir venir te libérer, t’affranchir de tes illusions perdues. L’amitié peut beaucoup mais que puis-je faire pour te montrer la voie de la Vérité ? Il n’appartient qu’à toi de la trouver. Tu n’es esclave que de toi-même. Ces fers contre lesquels tu te débats jusqu’à t’en entailler les veines, je ne puis te les ôter. Tout ce sang qui s’écoule de tes blessures n’est qu’une liturgie sans avenir.Elle était tout pour toi. Ton cœur, sans hésiter, tu l’avais lié au sien par des fils invisibles des yeux mais plus résistants que tout un empire. De tes rêves, tu avais tracé les frontières de ce qui n’aurait jamais du s’effondrer. Tu étais seul monarque auto proclamé d’un royaume que nul ne pouvait percevoir. Le trône à tes côtés, tu l’avais patiemment construit, allant chercher par delà les plus vastes contrées des bois d’une rareté et d’une valeur sans pareille. Jour après jour, tu avais travaillé cette noble matière. Quand la nuit succédait à la clarté diurne, tu continuais patiemment à confectionner ce trône, l’incrustant de pierres précieuses qui ne se trouvent que dans les songes des âmes les plus nobles. Une fois achevé ton travail de rêveur, tu avais attendu, projetant des désirs, les transcendant jusqu’à en faire cette reine tant désirée.Tu n’avais pas vu que ce n’était qu’un mirage. Le jour ou ton bras traversa son image pour n’embrasser que le vide, tout s’effondra.A présent, ton royaume s’enfonce dans les ténèbres. A la place de ta reine, il ne reste plus que de la poussière que viennent mouiller tes larmes. Continue à pleurer mon ami ; laisse ces larmes purificatrices nettoyer ce trône bâti avec tant d’amour. Ne les vois-tu pas le faire reluire ?Une princesse est en marche vers toi. Les cieux me l’ont murmuré. Sa robe n’est plus que haillons et dans sa chevelure lunaire s’accrochent des filaments de désespoir. Pour elle, garde ton trône vide. Ne le pollue pas d’inutiles rapines sentimentales. Tu vaux tellement plus. Préserve ton royaume fin prêt pour le Jour et dresse lors de sa venue une table comme nulle princesse jamais n’en aura connu.En attendant, garde ton cœur meurtri de la cécité et toise de haut le monde qui t’entoure car tu n’es pas de ce monde. Tu es un des fils du Rêve destiné à donner naissance à un Bonheur réservé à de rares initiés.
Par Aegimios
-
Publié dans : Idéal
0
-
Recommander
Mercredi 17 janvier 2007
3
17
/01
/2007
22:39
Des chardons poussent sur la colline ce soir. Ils enserrent les roses, étirant leur traîtres racines dans ce parterre jadis si charmant. Les pétales se flétrissent et tombant, viennent s’empaler sur les grises épines charbonneuses. Au milieu de ce jardin à l’agonie serpente un tortueux chemin jonché de rocailles et parsemés d’ornières cachées sous un voile de poussière ocre. Rien ne semble venir troubler cette peinture morte dessinée par quelques sombres rêves d’une âme éventrée.Pourtant, des pas traînants froissent ce serpent terreux. Ils avancent péniblement, courbés sous le poids d’une douleur qui n’ose dire son nom. Ils s’accrochent aux pans d’une réalité lézardée et branlante. Chaque avancée sur la sente du jardin est ponctuée par un glas pesant dans cette atmosphère vibrante de silence. Les chardons en bordure du chemin se resserrent imperceptiblement, broyant et dévorant le peu d’espace vierge encore visible.Pourtant, les pas continuent de se traîner sur un sol devenu fange. Ils lèchent le sol, comme des limaces le feraient. Dans le ciel, des tristes volatiles apparaissent, leurs croassements en résonance avec le son des cloches funèbres. Les pas s’arrêtent soudainement.Je lève la tête. Les oiseaux de proie me survolant sont terriblement beaux. La volée de Confiance s’abat sur moi sans prévenir. Je sens le souffle de l’air provoqués par le battement des ailes. Des plumes me giflent au visage. Des serres agrippent ma chevelure. Des coups de becs rageurs s’en prennent à mes yeux. Je pleure mais les volatiles n’en ont cure. Leurs pépiements me crucifient les tympans. Je fixe le globe oculaire si noir de la Confiance. A travers lui, je distingue l’oubli et le froid glacé. Le temps qu’un fragment d’éternité se disloque dans le sablier universel, tout s’arrête....... ... La pointe d’un bec me transperce les yeux... ... ...... ... ... ... ... ... Je tombe au milieu des chardons, agitant des bras aveugles.... ... ... ... ... ... ... ... ...Le corps sans vie d’un homme repose sur son lit mortuaire. Dans un ciel vomissant un blanc laiteux, une immense ombre se profile. Elle fond sur ce cadavre anonyme. Immense oiseau déplumé et obèse, sa chair flasque retombent en hideux bourrelets. Les veines se dessinent sous sa peau translucide. Elles charrient un sang immonde et délétère sans cesse renouvelé dans les espoirs avortés d’un soir. Le vampire des vies nommé Amour plante ses serres acérées dans la poitrine de l’homme. Il le fixe d’un œil éteint....... ... La pointe d’un bec me transperce le coeur... ... ...... ... ... ... ... ... L’Amour repart à tire d’aile après m’avoir déchiqueté.
Par Aegimios
-
Publié dans : Spleen
0
-
Recommander