Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 23:30
Je me souviens. Dans la musique, je me suis jadis enfui. Toute une jeunesse en quête d’Absolu dansait devant moi, au beau milieu d’une forêt. Disque après disque, je leur racontais une histoire, les emmenant au delà d’eux-mêmes, dans des contrées où leurs rêves prenaient forme. Les yeux fermés, ils tendaient les bras vers leurs phantasmes. Leurs pulsions refoulées se libéraient et ils s’abandonnaient au rythme syncopé d’une mélodie engendrée par la technologie. L’homme ne retournera plus à la nature. Je voyais prendre vie l’homme de demain, celui qui, pour sublimer ses propres limites, s’appuiera sur des auxiliaires qu’il aura lui-même élaboré. Quand l’homo sapiens accouche de l’homo sublimus.
Je menais la danse. Chaque enchaînement musical était programmé pour les emmener un peu plus vers ce nirvana de l’électronique et de l’artificiel. Les corps éperdus dansaient sans jamais s’arrêter et à travers mes neurones dopés aux drogues de synthèse, je voyais cette masse fusionner pour ne former qu’un seul et même corps, immense animal d’une beauté terrifiante. A coups de stroboscopes, de lanières sonores claquantes, j’étais le dompteur incontesté régnant dans toute sa supériorité.
Certaines musiques, pleinement ressenties, ne constituent rien de moins qu’un acte de subversion. Il suffit simplement de savoir sortir hors des chemins battus que nous propose une société prête à l’emploi.

Des pensées pré formatées, où faire son marché, des mots aseptisés, chloroformés ou l’on ne parle plus d’aveugle mais de mal entendant, de pays pauvre mais de pays sous développé, des émissions télévisés n’étant rien d’autre qu’un retour aux sources de la Rome antique avec ses arènes où un public assoiffé de sang décidait d’un simple pouce baissé de la mort d’un combattant. Les temps changent… Aujourd’hui, ce public ne veut plus du sang mais du sexe. A une pulsion primaire a succédé une autre pulsion tout aussi primaire. La ligne audiotel surtaxée a remplacé le pouce mais le principe reste le même. Merveille de la technologie qui permet là encore de retrouver notre homo sublimus.

Aussi le pendule de l’esprit doit-il continuer de se mouvoir.
Envers et contre tout, à propos de tout.

Ne jamais avoir de certitudes ni de vérités absolues pour continuer à avancer, voilà sans doute la seule certitude. Garder en mémoire l'adage latin de Plaute: homo homini lupus.
Par Aegimios - Publié dans : Oscillations
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