Jeudi 26 juillet 2007 4 26 /07 /2007 01:10
La nuit, je lève les yeux vers la voûte étoilée. Je tente de déchirer le voile que tissent les étoiles depuis que l’univers est univers. Avez-vous conscience de celui-ci ? Il ondule dans le souffle glacial du cosmos. Mais mon regard n’est sans doute pas encore suffisamment acéré et je me sens impuissant. Seul brille au dessus de ma tête une lune sombre dont n’émane aucune lumière. Elle vous est invisible. Seuls les esprits épurés de toutes considérations morales peuvent l’apercevoir. Certains soirs, elle se livre un peu plus à moi et vient baigner mon âme de son sombre nimbe, me dictant des vers venus d’une autre réalité, des mots qui s’engouffrent en moi, violent mon imagination et, s’accouplant avec elle, accouchent d’enfants superbes de monstruosité.

Ils ne m’appartiennent pas. Je suis le géniteur infernal que sa propre progéniture rejette et assassine chaque jour un peu plus. Quand le jour délavé par les souffrances est occis par la nuit, ma descendance maudite vient se lover sous mes draps pour me remémorer mes pires cauchemars, me les susurrer comme un amant mordillerait tendrement le lobe d’oreille de l’égérie de son cœur.

Non, je ne suis pas maître de mes propres écrits. Je ne suis qu’un vecteur de transmission. Mon inspiration est comme cette eau limpide mais empoisonnée à laquelle ne peut résister l’assoiffé. Je vous offre ce nectar tant désiré par votre âme. Tentateur, il n’est là que pour être bu jusqu’à la lie. A quatre pattes, dans votre boue existentielle, vous lapez encore et encore. Votre langue n’est plus que chair à vif mais dans la souffrance, vous continuez toujours à vous désaltérer à la source qui lentement vous entraîne vers mes abîmes.

Dans la mort des êtres qui nous sont chers se trouve notre propre rédemption. Réaliser notre futilité, englober dans son immensité le non-sens absolu de notre vie et de ses fondations, s’improviser architecte de son destin sans même savoir comment en bâtir les plans, tout cela, je le dois à ces êtres aimés qui ont disparus pour aller embrasser dans la mort le pendule de l’esprit. De cette ignominie, je sors grandi, endurci. Mon impuissance tragique à agripper ces destin trop vite éteints se mut en rage, me poussant à survivre à mes peines, à violenter mes maux jusqu’à les en faire crever, à lever un poing d’insoumis haineux, en forme d’interrogation et de révolte, vers les cieux.

A trop vouloir m’approcher du pendule de l’esprit, je me suis trouvé dans l’axe de son balancement. Violemment, de tout son poids, il m’a heurté et m’a fait tomber lourdement à terre, une terre acre et râpeuse sur laquelle la paume des mains et les genoux s’écorchent. Je me suis pourtant relevé. Seul le bruit du pendule décapitant un air à l’agonie résonnait à mes oreilles. Autour de moi, le rideau opaque de la nuit. Les lamentations de l’Humanité étaient inscrites sur chaque étoile. Toutes nos lubies et nos croyances gisaient là, empalées sur des astres morts.
Par Aegimios - Publié dans : Oscillations
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Commentaires

Celui qui ecrit n'est qu'un passeur de mots d'un message qui vient de plus grand que lui et qui le depasse, oui l'expression "vecteur de transmission" convient parfaitement car nous avons la mission d'exprimer une energie qui nous traverse.
Commentaire n°1 posté par vera le 28/07/2007 à 15h28

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