Mercredi 17 janvier 2007
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14:53
Mon aimée, souviens toi de ce temps qui se conjugue au passé.
Vois-le ronger nos cœurs et étouffer de lierre rêche le présent.
Je marche le long de la Seine, dans l'air frais du printemps.
Ma main te cherche mais ne peut que saisir le vide trépassé.
As-tu encore en mémoire ces pépites de bonheur éperdu ?
Nous les ciselions ensemble, enlacés dans l'Eden de Cupidon.
A présent, je m'assois seul sur ce banc où naquit notre passion.
Des couples défilent devant moi ; requiem pour un amour perdu.
La fumée de ma cigarette s'envole en tourbillon dans le vent.
Depuis trop d'années maintenant, tu as volé mes sourires.
Le sang de mon cœur s'écoule en rigole dans ton souvenir.
Enlacé dans mon grand manteau de solitude, j'attends.
Parmi les promeneurs du dimanche, je suis peinture morte.
A mes pieds gisent ces larmes invisibles d'être trop retenues.
Je suis le prince d'un royaume en friche, de tous inconnu.
Il hurle pour le retour d'une reine mais trouvera-t-elle la porte ?
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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19:18
J’ai le mal de toi. Tu m’as bouffé le cœur et il reste là, ensanglanté. Des tristes lambeaux de chairs sanguinolents pendent dans le vide de ma poitrine caverneuse. Mes yeux suivent les fumées de la cigarette se consumant dans le cendrier. Ainsi s’écoule mes heures au rythme des mégots, devant un écran peroxydé. De la rouille s’est glissée dans mon regard. Les couleurs de tes rires se sont perdus derrière la feuille détrempée de larmes des souvenirs. Je ne suis plus que les restes en décomposition de cet homme de jadis dévoré par une femme cannibale. Dans sa bouche, il lui reste surement encore le goût de mes mots effrités. Ses mains se souviennent sans doute toujours de ces promenades sur ce pic érigé en son honneur. Jeux de main, jeux de vilains, jeux d’une catin à la langue affilée comme un couteau.
J’ai le manque de toi et je crève dans ta mémoire. Tes pensées fusent dans ton cortex sans même daigner s’arrêter sur le squelette de mon image abandonné contre la paroi de ton crâne. Tu as courtisé mes rêves, les laissant te prendre un par un dans un râle. Mais le harem de mes songes ne pouvait enfanter qu’une chimère avec un esprit stérile. Ils sont repartis, te laissant seule, nue dans le manteau transparent de ta honte.
Tu m’as oublié sans mal
Ce mal d’aimer.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:33
Au nom de l'amour, faire son chemin de croix,
Embrasser sa propre rédemption une nouvelle fois,
Tailler ses rêves pour s'en draper comme habit.
Graver dans le roc des jours sa douce égérie.
Se promener sur les bords du fleuve Espérance,
Suivre son cours et enfin se sentir en partance,
Y plonger sa bouche assoiffée et boire ce nectar.
Sentir l'orgasme des muses, confondues dans l'Art.
Au nom de l'amour, j'ai fait mon chemin de croix.
J'ai apposé mes lèvres sur une rédemption sans foi.
Croyant tailler mes rêves, j'ai sculpté mes cauchemars.
Pensant graver mes jours, j'ai élimé la nuit très tard.
Me promenant sur les bords du fleuve Espérance,
J'ai suivi son cours mais il coulait à contresens.
Y plongeant ma bouche, je me suis inoculé le poison.
Le cri d'agonie de mes muses est venu violer ma raison.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:38
La musique me fracasse la tête.
Le rythme électronique binaire et froid
des nappes de sons vides me fouette.
Le glas sinistre des basses résonne en moi.
Par terre, le cendrier agonise de mégots.
Une odeur nauséabonde émane de celui-ci.
J'écrase une nouvelle cigarette sans un mot.
Envie de me brûler la peau sans répit.
Par la lucarne, je vomis ma souffrance.
Les souvenirs me lacèrent le cerveau.
Les larmes me noient dans la démence.
Me jeter dans le vide, dans le caveau.
Ô Dieu ! Ce cœur qui explose en lambeau !
Ces yeux aveugles qui, lentement, crèvent !
Sentir en moi l'acier tranchant du couteau,
Idées de m'ouvrir les veines, d'achever mon rêve.
Tourbillons enivrants de pulsions morbides.
Aller embrasser la vieille Faucheuse ridée,
M'envoler pour mieux flirter avec le vide,
Pleurer du sang et communier avec mon passé.
Ô Amour ! Voleur des cœurs chagrinés !
Ô Amour ! Pourquoi à nouveau t'envoler ?
Ô Amour ! Pourquoi sans cesse m'abuser ?
Cette nuit, dans le cosmos de mes obsessions,
Je viendrai t'humilier et te torturer.
Cette nuit, dans les pleurs de ma déraison,
Je viendrai te violer à en crever !
Par Aegimios
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Mercredi 24 janvier 2007
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21:01
Seul dans la lande, je marche. Le vent hulule et me fouette le visage. Le ciel uniformément gris semble venir s'abattre sur le sol. Ici et là, des herbes revêches s'agitent. Des tourbillons de terre s'élèvent parfois avant de retomber aussi vite qu'ils sont nés. Dans le lointain, je distingue une forme sombre et indéfinie. Je décide de m'en approcher. Le hurlement d'Eole gagne en intensité. Les nuages se déchirent et la pluie vient me tremper jusqu'aux os. Perdu dans mes pensées, je ne sens même pas mes vêtements s'alourdir et me coller à la peau.
Je pense à toi mon âme, que j'ai laissé seule au loin. J'entends tes pensées hurler en moi et me déchirer le cœur. Je sens ta douleur te creuser le corps sans un seul instant de répit. Par delà les distances, ton image crucifie mon cerveau. Tu es le prisme à travers lequel je vois la réalité. Chacune de tes larmes déteint sur mon cœur. Chacune de tes angoisses ébranle le peu de foi qu'il me reste. Je sens mon genou plier à terre. Envie de vomir cette folie existentielle, de regarder droit dans les yeux cette utopie nommée Bonheur et, dans un dernier affront, lui cracher ma haine à son visage trop parfait et trop pur pour être réel. Ce serait tellement facile, trop facile. Je ne suis pas de cette race. Dans l'arène, je triompherai. Fureur et rage sont mon armure. La rancœur me revêt des plus nobles atours du guerrier et dans la fierté, j'ai forgé mon glaive.
La forme vague est devenue une petite maisonnette à l'abandon, toute faite en pierre de taille. Je pénètre à l'intérieur. Partout, ce n'est que toiles d'araignée. Des étagères en bois, vermoulues et rongées par les vers, paraissent prêtes à s'effondrer. Sur celles-ci, des livres sont empilés. Négligemment, je prends l'un d'entre eux. Des cafards courent sur sa tranche. L'ouvrant, je tente de le feuilleter mais les pages, effritées par le temps, se réduisent en poussière. Puis je distingue au milieu de toute cette pourriture un ouvrage plus récent que les autres, à la couverture ornementée avec grâce et délicatesse. Je m'en saisi et le feuillette. A mon grand étonnement, les pages sont vierges de toute ligne. Le remettant en place, je remarque alors un titre, inscrit en filigrane sur la première page. Ne voulant le croire, je regarde à nouveau. Aucun doute possible. Ton prénom s'étale devant mes yeux.
Soudainement, j'ai réalisé que je me trouvais à l'intérieur même de mon propre cœur et que je venais de toucher du doigt la seule perle l'animant encore.
Titubant, je suis ressorti sous la pluie et levant la tête, j'ai hurlé vers les cieux de ne pas t'emporter. Juste derrière moi, dans un craquement sourd, une nouvelle lézarde est apparue dans le mur de la maisonnette en ruine.
Par Aegimios
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