Mercredi 17 janvier 2007
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Une journée comme une autre, sur le parvis de Notre-Dame.
Un flot incessant de touristes monte en marée vers l'entrée.
Il se brise en vagues successives où s'ébrouent des pigeons.
Des gouttes tombent en crépitant sur les pavés centenaires.
Plus loin, un ridicule saltimbanque des rues avale des lames.
Un mendiant est assis dans la poussière de l'espoir brisé.
Des rats volants s'étripent sur des restes en décomposition.
Les gargouilles déversent leur indifférence en pluie amère.
Une nuit comme une autre, sur le parvis de Notre-Dame.
Le flot s'est retiré, vomissant ses détritus sur le sol humide.
Un balayeur danse avec son balai sous une ombre lunaire.
Il retire les débris de rêves oubliés là par les jeunes enfants.
Le saltimbanque se repose, la gorge tranchée par ses lames.
Les cendres du mendiant s'envolent dans l'oubli du vide.
Des pigeons déambulent paisiblement parmi ce cimetière.
Sur le parvis de Notre-Dame, Dieu est aux abonnés absents.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:18
Pouvez-vous comprendre que ses nuits ne sont pas les vôtres ? Pendant que vous dormez tranquillement du sommeil du juste, il déambule dans le paysage de ses attentes en ruine. Morphée a déserté ses terres depuis longtemps. Stériles, plus rien n'y pousse. Les dernières racines de Mandragore ne sont désormais plus qu'une légende. Tandis que vous buvez vos rêves jusqu'à la lie, il erre péniblement, courbé sous le poids de cette âme si lourde autour de son cou. Chaque heure arrachée aux ténèbres rend ce sinistre pendentif plus pesant. Elles s'encastrent violemment dans son esprit.
L'orphelin des songes tente d'avancer. Le poids de son âme est désormais tel qu'il se traîne à quatre pattes, laissant dans la poussière de son optimisme avorté une vague trainée vite effacée par le vent. Il passe au milieu de vous, venant troubler un instant la surface de votre onirisme. Il aurait tant d'amour à donner, tant de caresses à dédicacer sur des joues. Mais chaque amour qu'il vous donna fut fracassé par votre insouciance ; mais chaque caresse qu'il vous dédicaça fut gelée par la froideur de vos corps. Vous ne pouvez le voir tandis qu'il s'assoit parmi l'assemblée des dormeurs. Il vous renifle avant de vous lécher pour mieux sentir le goût acre de vos peaux tannées par la réalité. Au sein de vos visions, sans doute parvenez-vous à le percevoir, vous observant sans vous comprendre ?
Il lape la terre comme une bête sauvage. Sa langue asséchée ne cesse de se mouvoir dans une ultime danse de désespoir. Les flaques gorgées de parcelles d'Idéal, jadis si nombreuses, sont toutes évaporées. Il se meurt de ne plus pouvoir aimer, ne serait-ce même que pour un fragment volé à Chronos.
Tandis que l'aube s'étire paresseusement dans votre réel, l'orphelin des songes reste prisonnier de vos nuits, chien solitaire agonisant couché sur le sol. Ce soir, vous ne trouverez plus que quelques ossements blanchis par votre indifférence.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:20
Dans les champs poussiéreux de ma conscience oxydée par la réalité, je déambule sans jamais parvenir à franchir la ligne d'horizon. Elle s'étire dans une insolente constance. Je marche pourtant, toujours dans le même paysage fragmenté, mais je marche. J'avais chaussé mes rêves ; il n'en reste que des lambeaux moribonds embrassant mes chairs nécrosées. Sous mon bras se niche mon dernier trésor. Quand provient l'heure des dames chevelues, je déchire un morceau de temps sur la toile de Chronos pour me draper dedans et j'ouvre ce seul bien qu'il me reste. Ses pages sont confectionnées dans les songes volés au cours de mon voyage sans fin. La couverture est faite en peau tannée de quelques âmes damnées. Soyeuse au toucher, elle respire encore des cauchemars refoulés par une humanité disparue.Je feuillette les pages une à une. Chacune me remémore un éclat trépassé de ma vie. Je n'ai jamais été que l'amant sans espoir de tristes illusions. Sur l'autel du nihilisme, je les ai pénétrées de la lame de ma mélancolie avant de les frapper jusqu'à ce qu'elles avortent le fruit de nos amours interdits. Adoubé par le néant, je ne puis laisser que néant derrière moi.J'hurle mais vous ne pouvez entendre mes cris.Je pleure mais vous ne pouvez voir mes larmes.Elles sont mon obole quotidienne à la Souffrance, cette grande putain.Dans les champs poussiéreux de ma conscience oxydée par la réalité, je déambule sans jamais parvenir à franchir la ligne d'horizon.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:23
L’homme est en haut de la grande falaise.
Eole mène la danse dans ses longs cheveux.
En bas, l’océan n’est que blanc écumeux.
Les rides de sa peau, l’écume les baise.
L’homme revoit son frère aîné, si fier.
Son rire sonnait dans chaque goutte de pluie.
Son sourire se devinait dans la brume des airs.
La grande Faucheuse l’a plongé dans l’oubli.
L’homme repense à son père, si dur.
Ses éclats de voix roulaient dans le tonnerre.
Ses colères assombrissaient l’azur.
Aujourd’hui, il n’est plus que terre.
L’homme se souvient de sa mère, si tendre.
Ses caresses courbaient les herbes de la lande.
Ses regards réchauffaient la plus froide des antres.
A présent, son corps n’est plus que cendres.
L’homme pleure en regardant l’océan.
Ses souvenirs copulent avec le néant.
Fermant les yeux, il fait un pas en avant.
Son corps va s’écraser tout doucement.
Par Aegimios
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Mercredi 17 janvier 2007
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22:26
L’homme est penché jusque tard le soir sur sa table de travail. La nuit est son terrain de chasse ; les mots ses proies. Dans une chasse permanente, il tente de les apprivoiser, de faire sien ces êtres sauvages et multiples. Il se cache pour mieux les attraper. Chaque obstacle de son imaginaire est propice au camouflage. Au détour d’un rêve, derrière un ressenti, sous le flot impétueux d’une émotion, quelque soit l’endroit, il sait en faire son allié.Selon leurs humeurs, les mots se promènent parfois en meute sauvage, parfois seuls. Le chasseur sait qu’il ne doit pas se faire repérer. Il les laisse lentement approcher de sa cache. Il sait aussi combien ils peuvent se révéler rusés. Pour mieux les surprendre, il préfère attendre le moment propice où ils se mettent à brouter les pâturages de son esprit. A ce moment, il sort de son lieu de guet.Les mots se rebiffent et se cabrent nerveusement. L’homme agit promptement. Le temps lui est compté. Il lui faut au plus vite les enfermer dans la nasse des lignes avant qu’ils ne s’enfuient. Son gibier hurle tandis qu’il pleure. Il parque les mots dans l’enclos d’une feuille, les mate dans un corps à corps violent pour les soumettre, apprivoiser leur uppercut.Ligne après ligne, ils deviennent sien et il ne cesse de remplir sa gibecière. Et chaque nuit, le même rituel recommence.Pourtant, l’homme sait qu’un jour, il n’aura plus le dernier mot.
Par Aegimios
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