Idéal

Mercredi 17 janvier 2007 3 17 /01 /2007 22:40
Penses-tu que je ne ressente point ta douleur ? Imagines-tu le soir que mes pensées ne s’attardent pas sur ton gouffre ? Je connais ton mal et ta plaie béante. Je pourrais y plonger les doigts et goûter le sang qui s’en écoule. Je le porterais à mes lèvres que j’en connaîtrais le goût amer et corrosif.

Souvent, je ferme les yeux et je te vois te débattant, enchaîné au mur de tes lamentations. Si tu savais... Je désire tant pouvoir venir te libérer, t’affranchir de tes illusions perdues. L’amitié peut beaucoup mais que puis-je faire pour te montrer la voie de la Vérité ? Il n’appartient qu’à toi de la trouver. Tu n’es esclave que de toi-même. Ces fers contre lesquels tu te débats jusqu’à t’en entailler les veines, je ne puis te les ôter. Tout ce sang qui s’écoule de tes blessures n’est qu’une liturgie sans avenir.

Elle était tout pour toi. Ton cœur, sans hésiter, tu l’avais lié au sien par des fils invisibles des yeux mais plus résistants que tout un empire. De tes rêves, tu avais tracé les frontières de ce qui n’aurait jamais du s’effondrer. Tu étais seul monarque auto proclamé d’un royaume que nul ne pouvait percevoir. Le trône à tes côtés, tu l’avais patiemment construit, allant chercher par delà les plus vastes contrées des bois d’une rareté et d’une valeur sans pareille. Jour après jour, tu avais travaillé cette noble matière. Quand la nuit succédait à la clarté diurne, tu continuais patiemment à confectionner ce trône, l’incrustant de pierres précieuses qui ne se trouvent que dans les songes des âmes les plus nobles. Une fois achevé ton travail de rêveur, tu avais attendu, projetant des désirs, les transcendant jusqu’à en faire cette reine tant désirée.

Tu n’avais pas vu que ce n’était qu’un mirage. Le jour ou ton bras traversa son image pour n’embrasser que le vide, tout s’effondra.

A présent, ton royaume s’enfonce dans les ténèbres. A la place de ta reine, il ne reste plus que de la poussière que viennent mouiller tes larmes. Continue à pleurer mon ami ; laisse ces larmes purificatrices nettoyer ce trône bâti avec tant d’amour. Ne les vois-tu pas le faire reluire ?

Une princesse est en marche vers toi. Les cieux me l’ont murmuré. Sa robe n’est plus que haillons et dans sa chevelure lunaire s’accrochent des filaments de désespoir. Pour elle, garde ton trône vide. Ne le pollue pas d’inutiles rapines sentimentales. Tu vaux tellement plus. Préserve ton royaume fin prêt pour le Jour et dresse lors de sa venue une table comme nulle princesse jamais n’en aura connu.

En attendant, garde ton cœur meurtri de la cécité et toise de haut le monde qui t’entoure car tu n’es pas de ce monde. Tu es un des fils du Rêve destiné à donner naissance à un Bonheur réservé à de rares initiés.
Par Aegimios - Publié dans : Idéal
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /2007 21:46
Sous les fonts baptismaux des étoiles, sur mon front, est apposée de la poussière d'étoile. Marqué du sceau de la nuit, j'arpente les cieux d'une démarche incertaine. Allant de galaxie en galaxie, sans cesse je cherche ce qui ne peut être trouvé. J'ai envoyé chacune de mes muses aux quatre coins de l'univers. Elles ne sont toujours pas revenues. L'une d'entre elle s'est brûlé les ailes aux cruels rayons du soleil. Une autre s'est égarée dans l'orbite de Jupiter, se confondant avec ses anneaux. Les autres ne cessent d'errer dans le froid glacial de l'espace. Et tel Arthur attendant le retour de ses preux chevaliers à la table ronde, je reste à veiller, transperçant les nuits, transcendant les heures, pourfendant les minutes. Les sièges de mes muses, au côté de mon trône, restent désespérément vides. Je règne sur un palais vide et sans vie. Parfois, dans ce silence lugubre, résonnent des longs hurlements de trompettes qui semblent venir caresser l'air comme l'archet un violon. Mon cœur se glace. Chaque nouvelle soufflerie de trompette est une nouvelle année qui m'est ôtée. Mon cœur de belle au bois dormant attend le retour victorieux de la muse qui viendra doucement l'embrasser pour le ranimer et remettre sa barque dans le flot de la vie.

Mais le fleuve aux mille couleurs des frustrations de l'humanité continue de s'écouler tandis que je reste immobile sur la rive à le regarder défiler. Mon avenir n'est pas dans ce fleuve. Mes jours à venir ne sont pas inscrits dans ces flots tumultueux. Mais plus le temps passe, plus mon visage se ride, à l'image de ce cours d'eau. Terrible malédiction de l'enfant des étoiles. Invariablement, je quitte mon palais pour aller m'asseoir tout contre le tronc de ce chêne millénaire. Je fixe les lampadaires nocturnes, les regardant me faire de l’œil pour mieux me courtiser. Je sais que près d'eux se trouvent mes muses rescapées, toujours en quête de ma rédemption. Je sens le chêne rugueux contre mon dos nu m'écorcher jusqu'au sang. Ce nectar de vie rouge écarlate communie avec la sève de l'arbre. Ils fusionnent pour engendrer un breuvage des plus doux mais des plus mortels. Dans une coupe sertie d'or fin, je le récupère. Le portant à mes lèvres, je le bois à petites lampées. Mes veines se dilatent et le feu m'irradie les membres par ondes successives. Je ferme les yeux pour mieux savourer cette divine douleur.

Ce soir encore, je serai parmi vous mes chères muses.
Cette nuit encore, je viendrai vous donner ma bénédiction.
Par Aegimios - Publié dans : Idéal
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